VI. Paris sous les Valois. - Charles V

Charles V. — Le Louvre. — L'Hôtel Saint-Paul. — Fondation de la Bastille. — Hugues Aubriot, prévôt de Paris. — Château de Vincennes. — Couvent des Célestins. — Les enterrements d'autrefois

Charles V.

Sous le règne de Charles V (1364-1380), Paris vit augmenter chaque jour son importance et sa prospérité. A ce titre, ce prince a droit à la même place que Philippe-Auguste dans la reconnaissance des Parisiens. Et cependant Philippe-Auguste a sa statue sur la place de la Nation, on a donné son nom à une large avenue voisine de cette place, tandis que Charles V ne se rappelle au souvenir des Parisiens que par le nom d'une petite rue, non loin de la Bastille.

Le Louvre.

Les rois avaient jusqu'alors habité le Palais de la Cité, devenu notre Palais de Justice. La révolte qui venait de finir fit comprendre à Charles V qu'il fallait pouvoir quitter Paris promptement et sans danger, si pareil événement se renouvelait. Aussi songea-t-il à transformer le Louvre en un manoir digne d'abriter le roi, tout en lui conservant ses hautes murailles de château fort, son donjon, et surtout son emplacement si favorable à la fuite, moitié dans la ville, moitié dans la campagne. Le Louvre devint dès lors le palais olïiciel des rois ; là fut déposé le trésor comprenant les objets précieux ; là, Charles V installa, en 1368, sa bibliothèque dans une tour qui, pour cette raison, s'appela tour de la librairie. Cette bibliothèque se composait à peine d'un millier de manuscrits ; elle fut cependant le noyau de la Bibliothèque nationale de la rue Richelieu, qui, jusqu'à la Révolution, fut la Bibliothèque royale.

Le Louvre sous Charles V

Le Louvre sous Charles V.
1. Entrée du Château. — 2. Première enceinte. — 3. La Seine. — 4. Fossés de la seconde enceinte. — 5. Porte fortifiée. — 6. Grosse tour ou donjon du Louvre.— 7. Chapelle du Louvre. — 8, 9. Bâtiments du Château.

L'Hôtel Saint-Paul.

Charles V voulut toutefois avoir une demeure moins solennelle que le Louvre : il acheta les hôtels de plusieurs de ses officiers, logis entourés de vastes jardins, qui couvraient tout l'espace limité aujourd'hui par les rues Saint-Paul et Saint-Antoine, le boulevard Henri IV et le quai. Ce fut l'hôtel Saint-Paul, — du nom d'une église située rue Saint-Paul et démolie pendant la Révolution, — l'hôtel des grands esbattemens, où le roi venait se reposer des soucis du pouvoir. C'était son séjour préféré ; il se plut à l'embellir de toutes façons. Une des curiosités de l'hôtel était sa longue suite de jardins ornés de plantes rares ; mais ce qui le rendit surtout fameux, ce fut la ménagerie que le roi y fit installer, et dont la rue des Lions-Saint-Paul rappelle le souvenir.

L'hôtel Saint-Paul fut la demeure presque constante de Charles VI et d'Isabeau de Bavière. Dans ce vaste domaine le roi, qui était faible d'esprit, pouvait errer, caché aux regards de ses sujets, ou y donner des fêtes en harmonie avec ses goûts, comme cette célèbre mascarade où lui et cinq gentilshommes s'étaient habillés en sauvages. Une torche mit le feu aux étoupes qui composaient leur costume ; le roi ne fut sauvé que grâce au courage d'une dame d'honneur, qui éteignit la flamme en l'enveloppant dans les plis de sa robe ; mais quatre gentilshommes périrent sans qu'on pût leur porter secours.

La Bastille

La Bastille.
Construite sous Charles V, la Bastille n'était d'abord qu'une forteresse destinée a défendre une des portes de l'enceinte. Elle devint plus tard une prison célèbre ; ses murs avaient 5 mètres d'épaisseur et 22 mètres de hauteur. Elle a été détruite le 14 juillet 1789.

Après Charles VI, l'hôtel Saint-Paul ne fut plus guère habité ; à peine si Charles VII et Louis XI y firent de rapides séjours. François Ier le vendit par lots, et aujourd'hui il n'en reste plus une pierre. Seuls, quelques noms de rues en ont perpétué la mémoire : la rue Charles V, les rues des Jardins-Saint-Paul, des Lions, de la Cerisaie et de Beautreillis, ces deux dernières à cause des cerisiers nombreux et des belles treilles qui ornaient l'hôtel.

Fondation de la Bastille.

Charles V compléta la fortification nouvelle qu'Étienne Marcel avait entrepris de donner aux quartiers de la rive droite ; son œuvre la plus considérable à cet égard est la construction de la Bastille. Il serait plus exact de dire : la Bastille Saint-Antoine ; car, à l'origine, chacune des portes de Paris s'appelait bastille ou bastide, et prenait le nom du faubourg auquel elle donnait accès : bastide du Temple, bastide Saint-Denis, etc. ; mais Charles V transforma en une forteresse la bastide placée en avant du faubourg Saint-Antoine ; ce fut dès lors la bastille principale, et l'édifice en a conservé le nom.

Le petit Chatelet

Le Petit Châtelet.
1. Le Petit Châtelet, d'abord en bois, puis reconstruit en pierre par Charles V, au bout de la rue Saint-Jacques. Il servait d'abord a protéger l'île de la Cité et la rive droite contre les descentes tumultueuses des étudiants. — 2. Le Petit-Pont.

A cette époque, ce monument n'était pas encore la prison redoutable qu'il devint plus tard ; il ne se composait que de deux grosses tours, auxquelles, par la suite, on en adjoignit six autres, de façon à constituer le parallélogramme complet d'un château fort.

Enfin Charles V fit reconstruire à neuf le Petit Châtelet qui défendait l'accès du pont et protégeait la ville contre les descentes tumultueuses des étudiants.

Hugues Aubriot, prévôt de Paris.

Le roi fut activement secondé dans ses travaux par son Prévôt de Paris, Hugues Aubriot, auquel il avait donné de grands pouvoirs, sans doute pour contrebalancer l'influence du Prévôt des marchands, dont la puissance était devenue dangereuse pour la royauté, ainsi que l'avait démontré la révolte d'Etienne Marcel.

Hugues Aubriot prit une grande part à toutes les constructions de cette époque : c'est lui qui, le 22 avril 1370, posa la première pierre de la Bastille. Il avait aussi organisé la milice bourgeoise et l'avait fait armer de maillets de fer, en usage à cette époque. Aubriot vivait en mauvaise intelligence avec le clergé, qui lui reprochait son peu de bienveillance pour les églises. Aussi, le jour même des funérailles de Charles V, pendant le transport du corps à Saint-Denis, comme il s'était élevé grand noise et debat entre Aubriot et le recteur de l'Université, qui était un homme d'église, le prévôt fut cité devant l'évêque de Paris pour répondre de ce méfait, et surtout du crime d'hérésie dont on l'accusait. Déclaré coupable, Aubriot fut condamné à un perpétuel emprisonnement dans les prisons de l'évêque (1380).

Une rue de Paris, dans le quartier Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie porte son nom, et depuis quelques années son souvenir a été remis en lumière par la dénomination de rue du Prévôt donnée à l'ancienne rue Percée, près du lycée Charlemagne. Le prévôt de Paris habitait en effet, non loin de là, un hôtel dont on peut voir encore quelques vestiges dans le passage Charlemagne, et qu'il tenait de la générosité du roi.

Paris à l'époque de Charles V

Paris à l'époque de Charles V. Échelle de 1/30 000.
Paris, à l'époque de Charles V, comptait environ 150 000 habitants et avait une superficie de 439 hectares. Après la bataille de Poitiers, les Parisiens élevèrent une nouvelle enceinte de la rive droite, que fit commencer Étienne Marcel et qu'acheva Charles V. Les grands boulevards actuels en indiquent le tracé de la Bastille à la porte Saint-Denis.

Château de Vincennes.

Dès Philippe-Auguste, il existait à Vincennes une forteresse et une résidence des rois ; Louis IX venait y rendre la justice sous un chêne du bois voisin. Philippe VI en avait entrepris la reconstruction, et Charles V, qui y était né, l'acheva telle que nous la voyons aujourd'hui. Il fonda, en outre, une chapelle qui s'appelait la Sainte-Chapelle du château de Vincennes, et qui, rebâtie à la fin du quinzième siècle ou au commencement du seizième, est restée un des plus jolis monuments du style gothique flamboyant.

Ce nom de Sainte-Chapelle était plus spécialement réservé aux chapelles attenant à une résidence royale : ainsi, la Sainte-Chapelle de Paris, au palais de la Cité, celle de Vincennes, celle du Vivier-en-Brie, autre château royal situé dans le département de Seine-et-Marne.

Couvent des Célestins.

La plupart des édifices nouveaux que fonda Charles V ou qu'il fit reconstruire se trouvaient dans la partie orientale de Paris. Il fonda du même côté un dernier monument , le couvent des Célestins, dont il posa la première pierre le 24 mai 1365. Ces bâtiments, que le boulevard Henri IV a coupés en deux, sont encore en partie debout, occupés par une caserne de cavalerie que l'on appelle la caserne des Célestins.

Le même roi fit encore construire un autre château, celui de Beauté, sur la Marne, entre Nogent et Fontenay-sous-Bois. Il paraît s'y être plu beaucoup : c'était, avec l'hôtel Saint-Paul, sa résidence de prédilection ; beaucoup d'actes sont datés par lui de ce lieu, et c'est là qu'il mourut en 1380. Rien n'en reste aujourd'hui que le nom donné à l'île de Beauté, qui le justifie bien par sa situation pittoresque.

Telle fut, dans ses grandes lignes, l'œuvre considérable de Charles V en faveur de Paris. Vers la fin de son règne, il eut la satisfaction d'en faire juge l'empereur d'Allemagne et son fils, le roi des Romains, qui, en 1378, vinrent visiter la capitale de la France.

Les chroniqueurs du temps ont conté tout au long cette solennelle visite et la réception brillante que le roi organisa. Le prévôt de Paris et celui des marchands étaient allés au devant de l'empereur jusqu'à Saint-Denis. Le roi vêtu d'un costume écarlate et monté sur un palefroi blanc, les attendait à la Chapelle ; ce fut un magnifique cortège, depuis la porte Saint-Denis jusqu'au palais de la Cité. Le lendemain, le prévôt des marchands et les échevins apportèrent à l'empereur une superbe nef (pièce principale de la vaisselle princière), qui pesait cent quatre-vingt-dix marcs d'argent, et deux grands flacons dorés qui en pesaient soixante-dix. Puis, pendant huit jours, se succédèrent les fêtes et les festins. L'empereur visita le Louvre, l'hôtel Saint-Paul, où il alla saluer la reine et voir les lions, le château de Vincennes, où le roi des Romains chassa aux daims, l'abbaye de Saint-Maur, but d'un pieux pèlerinage, et enfin le château de Beauté, où les deux princes se séparèrent, après avoir échangé en signe d'amitié les anneaux qu'ils avaient au doigt.

Les enterrements d'autrefois.

Autrefois les diverses formalités qu'entraîne un décès n'existaient pas : on n'envoyait pas de lettres de faire part ; des crieurs parcouraient les rues de la ville en prononçant le nom du mort et l'heure de son enterrement. Ils faisaient précéder cette annonce d'un refrain à moitié chanté et qui était celui-ci, pour la nuit :

Réveillez-vous, gens qui dormez !
Priez Dieu pour les trespassez.

De plus, ils agitaient une clochette afin de se faire reconnaître, d'où leurs noms de crieurs clocheteurs des trépassés.

L'usage des corbillards n'existait pas non plus, et les mêmes crieurs avaient charge de porter le cercueil jusqu'à la paroisse du défunt, puis jusqu'au cimetière, ordinairement attenant à l'église.

C'était un signe de richesse que de faire suivre l'enterrement de ses parents par une foule de pauvres, portant une torche à la main et vêtus de manteaux et de capuchons noirs fournis par la famille. L'habitude s'en est conservée dans plusieurs villes de province, ainsi que celle de porter à bras les cercueils.

Les funérailles étaient toujours suivies d'un repas très copieux auquel était invité le clergé de la paroisse. Au dix-huitième siècle, le corbillard fait son apparition dans les rues de Paris : il n'y a pas cent ans que son emploi est devenu obligatoire.

Quant à ceux qui mouraient dans les hôpitaux ou en temps d'épidémie, on les enterrait le plus souvent la nuit et sans prendre la peine de creuser une fosse pour chaque cercueil. L'Hôtel-Dieu avait à cet effet un cimetière spécial, dit de Clamart sur les bords de laBièvre, dans le quartier Saint-Marcel. C'est là que sont maintenant les bâtiments de dissection de la Faculté de Médecine.

Table des matières

Introduction

Livre Premier — Histoire de Paris

I. Lutèce. — Paris gallo-romain.

II. Paris sous les Mérovingiens et les Carolingiens.

III. Paris sous les Capétiens

IV. Paris sous Philippe-le-Bel

V. Paris sous les Valois. — Philippe VI et Jean le Bon.

VI. Paris sous les Valois. — Charles V.

VII. Paris sous les Valois. — XVe siècle.

VIII. Paris sous les Valois. — XVIe siècle.

IX. Paris sous les Bourbons. — Henri IV, Louis XIII.

X. Paris sous les Bourbons. — Louis XIV.

XI. Paris sous les Bourbons. — Louis XV.

XII. Paris sous les Bourbons. — Louis XVI.

XIII. Paris sous la Révolution.

XIV. Le Consulat et l'Empire.

XV. Paris sous la Restauration.

XVI. Paris sous Louis-Philippe.

XVII. Paris sous la République de 1848.

XVIII. Paris sous le second Empire.

XIX. La guerre de 1870.

Livre II — Monuments de Paris

I. Époque gallo-romaine.

II. Architecture romane (époque capétienne).

III. Architecture ogivale.

IV. La Renaissance.

V. L'architecture au XVIIe siècle.

VI. L'architecture au XVIIIe siècle.

VII. L'architecture au XIXe siècle.

VIII. L'architecture, de 1848 à nos jours.

Livre III — Administration

I. Généralités.

II. Administration municipale. — Autrefois.

III. Administration municipale. — Aujourd'hui.

IV. Voirie. — Boulevards, rues, places, etc. — Circulation. — Cimetières. — Éclairage.

V. La Seine. — Canaux. — Eaux potables. — Égouts.

VI. Approvisionnements.

VII. Enseignement. — Bibliothèques.

VIII. Musées. — Théâtres.

IX. Assistance publique.

X. Police. — Prisons. — Pompiers.

XI. Grands établissements parisiens.

Paris et les parisiens.

Les environs de Paris.