XV. Paris sous la Restauration

Première Restauration. — Seconde capitulation de Paris. — Seconde Restauration. — État des esprits à la Restauration. — Procès du maréchal Ney. — La Chapelle expiatoire. — Assassinat du duc de Berry. — Mort de Louis XVIII. — Paris sous Charles X. — Mouvement littéraire. — Journées de juillet 1830.

Première Restauration.

Napoléon Ier n'avait pas pris part à la défense de la capitale pendant l'attaque de 1814 ; il se tenait à vingt lieues de Paris, cherchant à grouper autour de lui une armée avec laquelle il pût écraser les alliés ; la capitulation empêcha cette lutte suprême. C'est à Fontainebleau que l'empereur abdiqua ; c'est de là qu'il partit pour l'île d'Elbe, après avoir fait à sa vieille garde des adieux célèbres.

Louis XVIII fit son entrée solennelle à Paris le 3 mai, et alla s'installer aux Tuileries. Il fut accueilli avec peu d'enthousiasme. Tous les sentiments patriotiques étaient froissés à la vue de ce roi de France, vieux, lourd et presque infirme, qui se faisait escorter dans sa capitale par l'étranger victorieux.

Seconde capitulation de Paris.

Dans les premiers jours de mars 1815, la nouvelle se répandit soudain dans Paris que Napoléon avait quitté l'île d'Elbe. En effet, l'Empereur avait débarqué en France le 1er mars, et quinze jours après marchait sur Paris en triomphateur acclamé partout ; la famille royale quittait les Tuileries.

La période des Cent Jours n'appartient pas à l'histoire de Paris. Après Waterloo, l'étranger revint encore une fois devant nos murs ; mais la capitale n'eut pas, à proprement parler, à subir de siège ; à peine y eut-il quelques escarmouches aux environs, dans les bois de Meudon, à Vélizy et à Rocquencourt. Il fallut capituler, et, le 7 juillet, les deux armées prussienne et anglaise entrèrent dans Paris. Louis XVIII y rentra le lendemain.

Seconde Restauration.

C'en était fait cette fois de l'Empire ; Louis XVIII n'eut plus qu'une préoccupation : en détruire jusqu'au souvenir, et ramener la France au régime d'avant la Révolution. Cependant les alliés ne quittèrent Paris qu'après avoir repris dans nos palais, dans nos musées et dans nos bibliothèques une grande partie des tableaux, des manuscrits et des objets d'art que Napoléon victorieux avait enlevés aux collections de l'Europe.

État des esprits à la Restauration.

Il s'en fallut que la seconde Restauration rendit à Paris la tranquillité. La période qui suivit le retour de Louis XVIII après Waterloo fut, au contraire, des plus troublées.

La plupart des officiers qui étaient restés fidèles à Napoléon furent licenciés et renvoyés dans leurs foyers avec le traitement de demi-solde ; mais beaucoup restèrent à Paris. Ils se réunissaient volontiers dans les cafés et surtout au Café de la Régence, qui était encore à cette époque au coin de l'ancienne place du Palais-Royal. On y discutait violemment, les partisans de la nouvelle monarchie ripostaient, et souvent les discussions dégénéraient en batailles.

De même dans les théâtres, où les deux partis ennemis saisissaient avidement tout ce qui pouvait être pris pour une allusion aux personnages ou aux idées politiques qui leur étaient chers.

Procès du maréchal Ney.

Un des premiers actes du nouveau gouvernement fut de traduire devant un conseil de guerre, puis devant la Chambre des Pairs, le maréchal Ney, comme coupable de haute trahison. Ney fut condamné à mort et fusillé le 7 décembre 1815, à l'extrémité du jardin du Luxembourg, sur la place de l'Observatoire. Le second Empire devait une réparation à la mémoire de l'illustre maréchal ; sa statue a été élevée en 1854 à l'endroit même où il avait reçu la mort.

Chapelle expiatoire.

En 1816, Louis XVIII prescrivit la construction d'une chapelle sur l'emplacement de l'ancien cimetière de la Madeleine, où avaient été inhumés Louis XVI et Marie-Antoinette ; ce monument, bas et disgracieux, existe encore aujourd'hui, à moitié dissimulé derrière les arbres d'un square qui s'ouvre sur le boulevard Haussmann.

Assassinat du duc de Berry.

Dans la soirée du 13 février 1821, un fanatique frappa d'un coup de poignard le duc de Berry, au moment où il sortait d'une représentation de l'Opéra, situé alors sur la place Louvois (rue de Richelieu). L'assassin, un ouvrier sellier, qui s'appelait Louvel, fût arrêté immédiatement ; il déclara qu'il avait voulu exterminer la race des Bourbons. Il subit le dernier supplice au mois de juin suivant.

Vers la même époque, eut lieu l'exécution de quatre jeunes conspirateurs politiques, connus sous le nom des quatre sergents de la Rochelle ; leur condamnation produisit une grande effervescence à Paris. On peut voir leur tombeau dans le cimetière Montparnasse.

En 1823 eut lieu la guerre d'Espagne à laquelle nos armées prirent part. C'est pendant cette campagne que nos troupes s'emparèrent du fort du Trocadero (près de Cadix), dont le nom a été donné depuis à une hauteur à l'ouest de Paris, en face du Champ de Mars : on y a bâti, en 1878, le palais du Trocadéro, comme annexe des bâtiments de l'Exposition universelle. Il a seul été conservé.

Mort du roi.

Louis XVIII mourut le 16 septembre 1824, aux Tuileries ; ses obsèques furent célébrées avec toutes les cérémonies de l'ancien régime ; il reçut dans la basilique de Saint-Denis la sépulture des rois de France. C'est le dernier roi qui soit mort à Paris et qui ait été enterré à Saint-Denis.

Paris sous Charles X.

Charles X succéda à son frère ; il s'était appelé jusqu'alors le comte d'Artois. Il avait été populaire à Paris, avant la Révolution, au temps de sa jeunesse brillante et dépensière ; mais c'était maintenant un vieillard qui ne s'entourait que d'adversaires des idées modernes.

Le règne de ce prince ne dura que six ans. Les Parisiens firent à son gouvernement une opposition constante, qui amena la Révolution de 1830. Elle éclata à la suite des Ordonnances de juillet, qui restreignaient la liberté de la presse et le droit de suffrage ; elles avaient été rendues sur les conseils du prince de Polignac, alors ministre, et le plus impopulaire des hommes du gouvernement.

Mouvement littéraire. Querelle des Classiques et des Romantiques.

Dès les premiers jours de la Restauration se produisit un mouvement littéraire qui se prolongea jusqu'après 1830. Cette espèce de révolution est connue sous le nom de querelle des Classiques et des Romantiques. Les Romantiques s'efforçaient de substituer, dans leurs œuvres, la peinture vraie du moyen âge ou de l'époque moderne aux sujets empruntés à l'antiquité, que les Classiques voulaient maintenir dans la littérature.

Le costume en 1830

Le costume en 1830.

Le chef de l'école romantique était Victor Hugo. Tous les soirs, les deux camps ennemis se rencontraient au théâtre de la Porte-Saint-Martin, les uns pour siffler, les autres pour applaudir à outrance ces œuvres admirables qui s'appellent Hernani et Marion Delorme.

Les Romantiques affectaient une allure débraillée et portaient des vêtements aux couleurs éclatantes. Les bourgeois, car c'était ainsi qu'on appelait les Classiques, se montraient avec terreur un gilet rouge arboré lors de la première représentation d'Hernani par un des plus fougueux romantiques, Théophile Gautier, tout jeune alors, mais déjà en pleine possession de son talent.

Journées des 28 et 29 Juillet 1830.

En 1830, Charles X, malgré la Chambre, constitua un ministère dont le chef, le prince de Polignac, était l'adversaire déclaré de toutes les idées libérales. La Chambre nouvellement élue était en grande majorité, composée de députés libéraux opposés au ministère. Le roi ne craignit pas d'entrer en lutte ouverte avec le pays ; il publia les fameuses Ordonnances par lesquelles la liberté de la presse était supprimée et la nouvelle chambre des députés dissoute. Quand cette nouvelle se fut répandue dans Paris, la foule se porta aux bureaux des journaux libéraux que l'on venait de supprimer, au National et au Courrier, où les journalistes venaient de signer une protestation contre les Ordonnances.

Le 28 juillet, Paris se réveilla en état de siège ; une forte garnison, commandée par Marmont, l'ancien maréchal de l'Empire, se tenait prête à réprimer toute tentative de révolte de la part des Parisiens. Aussitôt des barricades s'élevèrent et le peuple parisien se montra résolu à la résistance. Le drapeau blanc, emblème de la royauté, fut renversé et remplacé, sur plusieurs points, à l'Hôtel-de-Ville et jusqu'au sommet des tours de Notre-Dame, par le drapeau tricolore. Le roi pouvait le voir flotter des fenêtres de son palais des Tuileries.

Les insurgés concentrèrent surtout leurs forces dans les quartiers du centre, de la Cité, de Saint-Merry, rue Montmartre et autour des Halles, où les rues étroites et enchevêtrées permettaient plus aisément de soutenir la lutte. Pendant les trois journées du 27, du 28 et du 29 juillet, on se battit dans les rues de Paris. Trois colonnes de régiments que Marmont avait lancées contre le peuple durent battre en retraite en présence d'une résistance acharnée ; presque toute la population y avait pris part, offrant partout asile aux insurgés et massacrant les soldats du haut des fenêtres ou des toits.

Dès la soirée du 28, l'insurrection était triomphante ; le lendemain, elle marchait à l'assaut du Louvre et des Tuileries. Après un combat sanglant, la foule s'empara du palais, qu'elle envahit et où elle brûla le trône. L'École polytechnique, qui s'était montrée si vaillante lors du siège de Paris en 1814, se distingua de nouveau en combattant pour la liberté. Plusieurs élèves furent blessés à l'attaque du Louvre, et l'un d'eux, Vaneau, périt frappé d'une balle devant la caserne de la rue de Babylone où le combat fut très meurtrier. On a honoré sa mémoire en donnant son nom à l'une des rues voisines de l'endroit où il fut tué. Cet engagement fut le dernier et consacra la victoire du peuple. Charles X s'était enfui précipitamment à Rambouillet ; sa déchéance fut aussitôt prononcée, et le duc d'Orléans, qui promettait au peuple toutes les libertés possibles, fut proclamé roi sous le nom de Louis-Philippe Ier.

Ainsi se termina la Révolution de 1830 ; c'est Paris qui l'avait faite, mais la France l'avait ratifiée d'avance. La victoire coûta cher aux Parisiens : plus de 5000 combattants périrent pendant les journées de Juillet, auxquelles on a donné le nom des trois glorieuses. C'est à la mémoire des combattants que fut élevée, quelques années après, sur la place de la Bastille, la colonne dite de Juillet.

La colonne de Juillet

La colonne de Juillet.

Table des matières

Introduction

Livre Premier — Histoire de Paris

I. Lutèce. — Paris gallo-romain.

II. Paris sous les Mérovingiens et les Carolingiens.

III. Paris sous les Capétiens

IV. Paris sous Philippe-le-Bel

V. Paris sous les Valois. — Philippe VI et Jean le Bon.

VI. Paris sous les Valois. — Charles V.

VII. Paris sous les Valois. — XVe siècle.

VIII. Paris sous les Valois. — XVIe siècle.

IX. Paris sous les Bourbons. — Henri IV, Louis XIII.

X. Paris sous les Bourbons. — Louis XIV.

XI. Paris sous les Bourbons. — Louis XV.

XII. Paris sous les Bourbons. — Louis XVI.

XIII. Paris sous la Révolution.

XIV. Le Consulat et l'Empire.

XV. Paris sous la Restauration.

XVI. Paris sous Louis-Philippe.

XVII. Paris sous la République de 1848.

XVIII. Paris sous le second Empire.

XIX. La guerre de 1870.

Livre II — Monuments de Paris

I. Époque gallo-romaine.

II. Architecture romane (époque capétienne).

III. Architecture ogivale.

IV. La Renaissance.

V. L'architecture au XVIIe siècle.

VI. L'architecture au XVIIIe siècle.

VII. L'architecture au XIXe siècle.

VIII. L'architecture, de 1848 à nos jours.

Livre III — Administration

I. Généralités.

II. Administration municipale. — Autrefois.

III. Administration municipale. — Aujourd'hui.

IV. Voirie. — Boulevards, rues, places, etc. — Circulation. — Cimetières. — Éclairage.

V. La Seine. — Canaux. — Eaux potables. — Égouts.

VI. Approvisionnements.

VII. Enseignement. — Bibliothèques.

VIII. Musées. — Théâtres.

IX. Assistance publique.

X. Police. — Prisons. — Pompiers.

XI. Grands établissements parisiens.

Paris et les parisiens.

Les environs de Paris.