XIV. Le Consulat et l'Empire

Le Consulat. — Création des préfets de la Seine et de police. — Machine infernale de la rue Saint-Nicaise. — Sacre de Napoléon. — Monuments du premier empire. — Siège de Paris. — Le règne de Napoléon. — L'éclairage à Paris.

Le Consulat.

Le coup d'État du 18 Brumaire (9 novembre 1799) n'eut pas lieu à Paris, mais à Saint-Cloud, où le général Bonaparte avait convoqué le Corps législatif afin de s'emparer plus facilement du pouvoir.

De nouveau, Paris connut un maître. Bonaparte prit le titre de Premier consul : les deux autres consuls, Cambacérès et Lebrun, s'effacèrent devant le dictateur. Celui-ci, en s'installant aux Tuileries, dernière résidence de la royauté, indiqua clairement ses intentions pour l'avenir.

Création des préfets de la Seine et de police.

Sous le Consulat, la France reçut, au point de vue administratif et judiciaire, une nouvelle organisation que lui donna la Constitution de l'an VIII (1800.) Dès lors, le département de la Seine fut administré, comme tous les autres départements, par un préfet qui, en cette qualité, fut maire de Paris ; on lui adjoignit un préfet de police, chargé de veiller à la sécurité de la ville.

Machine infernale de la rue Saint-Nicaise.

L'enthousiasme que les Parisiens avaient témoigné pour Bonaparte, vainqueur en Egypte et en Italie, cessa lorsqu'on devina ses projets ambitieux.

On commença par des pamphlets ; une tentative d'assassinat suivit de près. Dans la soirée du 24 décembre 1800, le premier consul se rendait en voiture découverte à l'Opéra, situé à cette époque là où se trouve aujourd'hui le Théâtre-Français. Soudain, dans la rue Saint-Nicaise, voisine de la place du Carrousel, une explosion formidable se produisit ; beaucoup de personnes furent tuées ou blessées ; la voiture de Bonaparte n'avait pas été atteinte. L'engin destructeur était une sorte de charrette chargée de poudre et de mitraille. Les auteurs de l'attentat ne furent pas découverts, mais un grand nombre de personnages, qui ne pouvaient être suspectés que pour leurs opinions hostiles à Bonaparte, furent arrêtés, puis condamnés à l'exil.

Sacre de Napoléon.

L'empire fut proclamé par le Sénat le 18 mai 1804. Paris accueillit cette nouvelle avec froideur. Napoléon voulut donner de grandes fêtes aux Parisiens à l'occasion de son sacre le 2 décembre 1804. Pendant trois jours, les réjouissances officielles ne discontinuèrent pas. Le sacre eut lieu à la Cathédrale, avec une pompe extraordinaire ; le pape Pie VII était venu de Rome pour sacrer le nouvel empereur.

La colonne Vendôme

La colonne Vendôme.

Elle a 45 mètres de hauteur. Elle est en pierre revêtue d'un enroulement en bronze, orné de bas-reliefs rappelant les victoires de l'Empire. Une statue de l'Empereur la surmonte.

Monuments de Paris sous le premier empire.

Pendant la plus grande partie de son règne, Napoléon ne résida presque jamais à Paris ; marchant de conquête en conquête, il était tour à tour en Italie, sur le Rhin, en Autriche ou en Espagne. Il n'oubliait pas Paris cependant, et voulait surtout n'y pas être oublié ; aussi fit-il construire plusieurs monuments destinés à perpétuer le souvenir de sa gloire militaire. La colonne Vendôme fut érigée en 1806 avec les canons pris aux Autrichiens et aux Russes, à Austerlitz et à Iéna ; le pont commencé en 1802 pour relier l'Arsenal au Jardin des Plantes reçut le nom de pont d'Austerlitz ; le pont d'Iéna fut bâti en 1807 ; des arcs de.triomphe s'élevèrent comme à Rome au temps des Césars : celui du Carrousel, devant le palais même de l'Empereur ; celui de l'Étoile, en l'honneur de la Grande-Armée. En outre, on commença le percement de la rue de Rivoli.

Campagne de France.

On sait comment vint l'heure des revers. Après la désastreuse campagne de Russie et la destruction de la Grande-Armée, Napoléon voulut frapper un dernier coup et porter la guerre encore une fois en Allemagne ; mais ses troupes étaient épuisées, l'argent manquait, et aussi l'ardeur qui donne la victoire ; ce fut l'ennemi qui entra en France. Après quelques combats, tantôt heureux, tantôt, malheureux, Paris vit à ses portes les armées alliées des Prussiens, des Russes et des Autrichiens — 29 mars 1814.

Paris était une ville ouverte, et pour se défendre, il ne lui restait que quelques débris de l'armée impériale commandés par Marmont et Mortier, et la garde nationale : en tout 25 000 hommes ; l'armée ennemie ne comptait pas moins de 180 000 combattants.

L'attaque eut lieu le 30 mars, de trois côtés à la fois, à l'est par Vincennes, au nord par les hauteurs de Belleville, à l'ouest par la barrière de l'Étoile. Sur tous ces points les défenseurs de Paris firent des prodiges de valeur. Du côté de Vincennes, le combat se livra à la barrière du Trône, où les élèves de l'Ecole polytechnique s'illustrèrent par leur bravoure et réussirent à tenir tête à l'ennemi. Au nord, les soldats de Marmont défendirent pied à pied le plateau qui s'étend de Belleville à Romainville, et ne se retirèrent qu'à la chute du jour, lorsqu'ils furent débordés de toutes parts par les troupes des alliés postées à Ménilmontant d'un côté, aux Buttes Chaumont de l'autre. Un émigré français, Langeron, qui combattait contre sa patrie à la tête d'un corps d'armée russe, s'empara des hauteurs de Montmartre et garda ses positions, malgré l'héroïque lutte que soutint contre lui, à la barrière de Clichy, le maréchal Moncey. On a donné le nom de place Moncey à l'endroit où s'était livré le dernier combat, et on y a élevé un monument que décore la statue de Moncey.

Il fallut capituler ; le 31 mars, les alliés entrèrent dans Paris par le faubourg Saint-Martin. Ils avaient à leur tête le roi de Prusse et l'empereur de Russie. Ce ne fut pas sans un cruel déchirement de cœur que les Parisiens virent afficher sur les murs le traité dit de Paris, qui réduisait nos frontières à leurs limites de 1792, et qui imposait pour roi à la France Louis XVIII, frère de Louis XVI, un émigré qui n'avait cessé de demander du secours aux peuples voisins contre la Révolution d'abord, contre l'Empire ensuite.

Le règne de Napoléon.

Le règne de Napoléon est une période inouïe dans l'histoire. Jamais plus grands succès ne furent suivis de plus grands revers. Sous l'impulsion de ce puissant génie, la France, pendant dix ans victorieuse, dicta des lois à l'Europe, pour se trouver réduite, après Waterloo, aux frontières de 1789.

Quoi qu'il en soit, on peut dire que Napoléon organisa la France nouvelle créée par la Révolution. Il la dota d'une législation uniforme, en réunissant, dans un code unique auquel il donna le nom de Code civil des Français, toutes les anciennes coutumes provinciales. Enfin c'est lui qui fonda l'Université de France, dont l'organisation actuelle, sauf quelques changements de détails, a pour base le décret du 17 mars 1804.

L'éclairage, les lanternes, le gaz et l'électricité.

Jusqu'au seizième siècle, les rues de la capitale n'étaient pas éclairées la nuit. On s'en fiait à la lune, comme on le fait encore maintenant dans bien des villes de province. Par les nuits sombres, les bourgeois se munissaient de lanternes. En cas de guerre civile ou d'émeute, on obligeait les habitants à placer une chandelle sur le devant de leurs fenêtres, ce qui donnait aux rues un aspect tout à fait sinistre. Quand Paris devint une grande ville, que les mœurs se modifièrent, qu'on alla passer la soirée au théâtre ou les uns chez les autres, il fallut remédier à cet état de choses.

En 1667, sous le règne de Louis XIV, le lieutenant civil, Nicolas de la Reynie, créa un système d'éclairage qui fit l'admiration des contemporains. Des lanternes furent disposées au milieu et aux extrémités de chaque rue. Ces lanternes étaient suspendues au-dessus de la chaussée ; une poulie permettait de les abaisser et d'y placer la chandelle qui y brûlait jusqu'après minuit, au dire d'un voyageur émerveillé de tant de splendeurs. Cet éclairage si imparfait dura cependant près d'un siècle. Ce n'est qu'en 1745 qu'on le remplaça par des lampes à huile munies de réflecteurs et donnant une bien plus grande clarté.

Un ingénieur français, Philippe Lebon, découvrit, en 1786, le gaz d'éclairage. Cependant on n'employa le gaz à Paris qu'en 1812.

Il n'y a pas vingt ans que toutes les rues de Paris le possèdent et qu'on a fait disparaître de certains quartiers voisins des fortifications les derniers réverbères.

L'électricité commence à être employée pour l'éclairage, et tout fait prévoir que son usage ne tardera pas à se généraliser.

Le Consulat et l'Empire - Histoire de Paris

Table des matières

Introduction

Livre Premier — Histoire de Paris

I. Lutèce. — Paris gallo-romain.

II. Paris sous les Mérovingiens et les Carolingiens.

III. Paris sous les Capétiens

IV. Paris sous Philippe-le-Bel

V. Paris sous les Valois. — Philippe VI et Jean le Bon.

VI. Paris sous les Valois. — Charles V.

VII. Paris sous les Valois. — XVe siècle.

VIII. Paris sous les Valois. — XVIe siècle.

IX. Paris sous les Bourbons. — Henri IV, Louis XIII.

X. Paris sous les Bourbons. — Louis XIV.

XI. Paris sous les Bourbons. — Louis XV.

XII. Paris sous les Bourbons. — Louis XVI.

XIII. Paris sous la Révolution.

XIV. Le Consulat et l'Empire.

XV. Paris sous la Restauration.

XVI. Paris sous Louis-Philippe.

XVII. Paris sous la République de 1848.

XVIII. Paris sous le second Empire.

XIX. La guerre de 1870.

Livre II — Monuments de Paris

I. Époque gallo-romaine.

II. Architecture romane (époque capétienne).

III. Architecture ogivale.

IV. La Renaissance.

V. L'architecture au XVIIe siècle.

VI. L'architecture au XVIIIe siècle.

VII. L'architecture au XIXe siècle.

VIII. L'architecture, de 1848 à nos jours.

Livre III — Administration

I. Généralités.

II. Administration municipale. — Autrefois.

III. Administration municipale. — Aujourd'hui.

IV. Voirie. — Boulevards, rues, places, etc. — Circulation. — Cimetières. — Éclairage.

V. La Seine. — Canaux. — Eaux potables. — Égouts.

VI. Approvisionnements.

VII. Enseignement. — Bibliothèques.

VIII. Musées. — Théâtres.

IX. Assistance publique.

X. Police. — Prisons. — Pompiers.

XI. Grands établissements parisiens.

Paris et les parisiens.

Les environs de Paris.