XVI. Paris sous Louis-Philippe

Émeute de 1831. — Choléra de 1832. — Émeute de 1832. — Attentats contre le roi. — Fortifications de Paris. — Retour des cendres de Napoléon. — Monuments de Paris sous Louis-Philippe.

Émeute en 1831.

En dépit des promesses de libertés que Louis-Philippe avait faites à la France, son gouvernement donna lieu à beaucoup de protestations qui dégénérèrent en émeutes. Dès l'origine, se constituèrent sous nom de clubs des sociétés des amis du peuple, des groupes importants de républicains dont le but était de combattre la nouvelle monarchie.

Louis-Philippe n'était pas depuis un an sur le trône quand la première émeute éclata. Ce fut le quatorze février 1831, à la suite d'une manifestation que les royalistes avaient organisée à l'occasion de l'anniversaire de l'assassinat du duc de Berry. Le peuple, irrité de ces démonstrations, envahit l'église Saint-Germain-l'Auxerrois et la saccagea ; puis, il se rendit à l'archevêché, qui était alors voisin de la cathédrale et le détruisit de fond en comble après l'avoir mis à sac.

Choléra de 1832.

L'année suivante, en 1832, le choléra sévit sur la capitale et dura du mois de mars au mois de septembre. On estime à 20 000 le nombre des victimes que fit la terrible épidémie. Les quartiers pauvres furent les plus éprouvés ; mais le fléau frappa toutes les classes de la société. L'un des ministres, Casimir Périer, succomba au mois de mai ; il avait contracté le germe du mal en visitant les salles de l'Hôtel-Dieu encombrées de cholériques.

Nouvelle émeute en juin 1832.

Au commencement de juin 1832, le général Lamarque mourut ; il s'était toujours montré le défenseur de la liberté et avait toujours protesté en faveur de la Pologne. La cérémonie de ses funérailles fut le prétexte d'une manifestation républicaine. Une foule énorme s'était donné rendez-vous sur tout le parcours du convoi. Quand il fut arrivé au pont d'Austerlitz, des jeunes gens dételèrent le char funèbre et voulurent porter au Panthéon le corps du général ; l'armée avait des ordres pour s'y opposer : ce fut le signal de l'émeute. La population n'y prit pas part tout entière, mais les insurgés se cantonnèrent dans les petites rues qui avoisinent Saint-Merry,— rues Maubuée, de l'Homme-Armé, de la Verrerie, Aubry-le-Boucher, — et y tinrent tête aux troupes d'une façon héroïque pendant les journées des 5 et 6 juin. Leur chef était un jeune homme inconnu, appelé Jeanne, qui avait juré de mourir plutôt que de se rendre ; il ne se rendit pas, en effet, car il parvint à percer, le fusil à la main, la ligne des soldats. Arrêté le lendemain, il fut condamné à la déportation.

Deux ans après, il y eut une autre insurrection rue Transnonain ; puis une autre encore, en mai 1839, suivie de nombreux mouvements populaires moins importants. Les dix premières années du règne de Louis-Philippe furent ainsi marquées par de fréquentes émeutes dans les rues de Paris.

Attentats contre le roi.

La vie de Louis-Philippe fut plusieurs fois menacée, bien que le roi n'eût pas en réalité d'ennemis personnels.

L'attentat le plus célèbre est celui de Fieschi, qui eut lieu boulevard du Temple, pendant une revue. Quarante personnes environ furent tuées ou blessées. Le roi ne fut pas atteint. L'assassin, condamné à mort par la Cour des Pairs, subit sa peine six mois après, seulement, en février 1836.

Deux ans plus tard Louis-Philippe échappa deux fois encore à de semblables attentats. L'un des assassins, Lecomte, subit la peine capitale ; l'autre, Joseph Henri, qui n'était qu'un pauvre fou, vit sa peiné commuée en celle des travaux forcés à perpétuité.

Fortifications de Paris.

C'est du règne de Louis-Philippe que datent nos fortifications actuelles ; elles sont dues à l'initiative du premier ministre, Thiers. Bien qu'en 1840 il n'y eût nulle crainte de guerre, et surtout d'invasion, le gouvernement insista beaucoup pour que Paris fût protégé par une enceinte fortifiée et défendu à l'extérieur par une ceinture de forts détachés. On se souvenait du siège de 1814 et de la facilité avec laquelle les alliés avaient pu pénétrer dans la capitale ; on pouvait prévoir une attaque semblable pour l'avenir. Les travaux permirent de fournir de l'ouvrage pour plusieurs années aux ouvriers sans travail. Thiers a eu plus tard la douloureuse satisfaction de constater que, grâce à ces fortifications, Paris put soutenir pendant cinq mois un siège autrement rigoureux que tous ceux qu'il avait subis antérieurement.

Fortifications de Paris pendant le siège de 1870

Fortifications de Paris pendant le siège de 1870.

Retour des cendres de Napoléon.

On sait que Napoléon était mort à Sainte-Hélène le 5 mai 1821. « Je désire, avait-il dit, que mes cendres reposent sur les rives de la Seine, au milieu de ce peuple français que j'ai tant aimé. » Louis-Philippe voulut exécuter cette sorte de testament.

La cérémonie fut fixée au 15 décembre 1840 ; l'un des fils du roi, le prince de Joinville, envoyé à Sainte-Hélène pour prendre le corps de l'Empereur, l'avait ramené sur la frégate la Belle-Poule. Une flottille spéciale amena le corps par la Seine jusqu'à Courbevoie ; de là, le cercueil entra dans Paris en passant sous l'arc de triomphe de l'Étoile et en descendant les Champs-Élysées. Depuis longtemps on n'avait vu une telle foule, malgré le froid très vif qui sévissait. Un enthousiasme inouï se manifesta aux abords des Invalides, où l'on avait décidé de déposer les restes de Napoléon. Le public fut admis à visiter la chapelle ardente, jusqu'au moment où le tombeau définitif eut été achevé dans la crypte de l'église des Invalides, où il est encore aujourd'hui.

Monuments de Paris sous Louis-Philippe.

Sous Louis-Philippe plusieurs monuments furent construits ou achevés : la colonne de Juillet, sur l'emplacement de la Bastille, à la mémoire des combattants de juillet ; la place du Trône, commencée en 1670, et continuée en 1788 ; les ponts des Saints-Pères, en 1832, de l'Archevêché, en 1836, et le pont Louis-Philippe ; l'église de la Madeleine et l'arc de triomphe de l'Étoile, dont la construction avait été décidée sous le premier Empire. Il convient de citer, parmi les grands travaux de restauration, ceux du Palais de Justice et de Notre-Dame, dirigés par le célèbre architecte Viollet-le-Duc.

Place du Trône

Place du Trône.

Elle doit son nom à un trône que la municipalité parisienne fit élever en l'honneur de Louis XIV en 1670. Cette place ne fut terminée que sous Louis-Philippe. Les deux colonnes qui ornent la place à l'entrée du cours de Vincennes sont surmontées des statues de Louis IX et de Philippe-Auguste. Le nom de place du Trône est maintenant changé en celui de place de la Nation.

En 1836, l'obélisque de Louqsor, rapporté d'Égypte sur un navire aménagé dans ce but, fut érigé sur la place de la Concorde à l'aide de machines dues à l'ingénieur Philippe Le Bas.

Outre ces monuments, il faut mentionner la création du réseau des chemins de fer français, entrepris sous le règne de Louis-Philippe ; ils eurent tous, dès lors, leur tête de ligne à Paris.

Enfin, pendant cette période, on commença à se préoccuper des embellissements de la capitale, à faire quelques percées de rues nouvelles dans les quartiers les plus malsains et à remplacer les antiques réverbères par l'éclairage au gaz.

Paris sous Louis-Philippe - Histoire de Paris

 

Plan concentrique des enceintes successives de Paris

N° 1. — A l'origine de l'histoire, la tribu gauloise des Parisiens a pour capitale Lutèce, renfermée tout entière dans l'île de la Seine qui s'est appelée plus tard la Cité.

N° 2. — Vers le quatrième siècle, apparaît le nom de Paris. La ville s'agrandit progressivement sur les deux rives de la Seine, et Philippe-Auguste, au treizième siècle, lui donne une enceinte fortifiée.

N° 3. — Sous Charles V, est construite une nouvelle enceinte pour les faubourg de la rive droite qui se sont rapidement accrus. Cette enceinte fait entrer dans Paris une partie du 1er arrondissement actuel, le IIe, le IIIe et le IVe tout entier.

N° 4. — Sous Louis XIII, la muraille d'enceinte est reculée du côté de l'Ouest jusqu'à la place de la Concorde, afin de renfermer dans la ville le quartier neuf, qui s'étend entre le Palais-Royal, la rue de Richelieu, les grands boulevards, la rue Royale et la rue de Rivoli.

N° 5. — Sous Louis XVI, les limites de Paris sont reportées aux boulevards extérieurs.

N° 6. — Paris actuel. En 1840, sont constuites les fortifications de Paris. Les faubourgs compris entre ces fortifications et les boulevards extérieurs sont annexés à la capitale en 1860.

Table des matières

Introduction

Livre Premier — Histoire de Paris

I. Lutèce. — Paris gallo-romain.

II. Paris sous les Mérovingiens et les Carolingiens.

III. Paris sous les Capétiens

IV. Paris sous Philippe-le-Bel

V. Paris sous les Valois. — Philippe VI et Jean le Bon.

VI. Paris sous les Valois. — Charles V.

VII. Paris sous les Valois. — XVe siècle.

VIII. Paris sous les Valois. — XVIe siècle.

IX. Paris sous les Bourbons. — Henri IV, Louis XIII.

X. Paris sous les Bourbons. — Louis XIV.

XI. Paris sous les Bourbons. — Louis XV.

XII. Paris sous les Bourbons. — Louis XVI.

XIII. Paris sous la Révolution.

XIV. Le Consulat et l'Empire.

XV. Paris sous la Restauration.

XVI. Paris sous Louis-Philippe.

XVII. Paris sous la République de 1848.

XVIII. Paris sous le second Empire.

XIX. La guerre de 1870.

Livre II — Monuments de Paris

I. Époque gallo-romaine.

II. Architecture romane (époque capétienne).

III. Architecture ogivale.

IV. La Renaissance.

V. L'architecture au XVIIe siècle.

VI. L'architecture au XVIIIe siècle.

VII. L'architecture au XIXe siècle.

VIII. L'architecture, de 1848 à nos jours.

Livre III — Administration

I. Généralités.

II. Administration municipale. — Autrefois.

III. Administration municipale. — Aujourd'hui.

IV. Voirie. — Boulevards, rues, places, etc. — Circulation. — Cimetières. — Éclairage.

V. La Seine. — Canaux. — Eaux potables. — Égouts.

VI. Approvisionnements.

VII. Enseignement. — Bibliothèques.

VIII. Musées. — Théâtres.

IX. Assistance publique.

X. Police. — Prisons. — Pompiers.

XI. Grands établissements parisiens.

Paris et les parisiens.

Les environs de Paris.